Au premier trimestre de 2026, le commerce de détail québécois comptait 10 100 postes vacants. Pendant que presque toutes les industries respirent, c’est l’une des deux seules où le nombre augmente. Et ce sont, pour la plupart, des postes qui n’exigent aucun diplôme. Le problème n’est peut-être pas le nombre de candidats, mais la façon de les voir.
Le détail à contre-courant
Rappelons les chiffres. Le Québec comptait environ 109 100 postes vacants au premier trimestre, en baisse de 5,6 % sur un an, selon l’Institut de la statistique du Québec. La santé recule, l’administration publique recule, la finance recule.
Pas le commerce de détail. Sur la même période, il a ajouté 1 600 postes vacants. Une hausse de 19 %.
D’ailleurs, un seul métier explique une bonne part du total : vendeuses et vendeurs, 2 763 postes vacants. La quatrième profession la plus en demande de la province, derrière les infirmières, les aides de cuisine et les préposés aux bénéficiaires.
Un poste de plancher. Sans diplôme requis. Ouvert depuis des semaines.
Pénurie de main-d’œuvre : le mauvais diagnostic
Quand on parle de pénurie, on pointe la démographie, ou le peu d’intérêt pour les métiers de service. Ce n’est pas faux. C’est incomplet.
Nommons les choses. Une partie de l’explication est salariale, et elle se chiffre : les postes vacants du Québec sont offerts à 29,15 $ de l’heure en moyenne, alors que l’emploi salarié en paie 36,49 $. Un candidat qui refuse un taux sous le marché ne manque pas. Il calcule.
Mais le gérant qui ajuste son taux horaire et continue de recruter comme avant n’a réglé que la moitié du problème. Parce qu’un vendeur ne s’embauche pas pour ce qu’il a fait. Il s’embauche pour ce qu’il fait devant un client.
L’accueil quand la porte s’ouvre. Le calme, un samedi de décembre, avec trois personnes qui attendent. L’honnêteté quand le produit n’est pas en stock. Le retour du client la semaine suivante.
Aucun de ces gestes n’a de ligne de CV. Et tant que le CV reste le premier critère, le processus de recrutement agit comme un filtre, pas comme une porte ouverte.
Le paradoxe du tri sur papier
Pour un poste de vente, le CV est le pire outil qui existe. Pas parce qu’il ment. Parce qu’il est vide.
Pour beaucoup de candidats au détail, c’est un premier emploi, un retour au travail après une pause, une réorientation. Leur CV tient en une demi-page. Aucune expérience de vente, forcément : c’est justement ce qu’ils viennent chercher.
Le gérant, lui, a dix minutes par jour pour recruter. Il ouvre la pile et tranche sur le seul critère que le document lui donne : « expérience en service à la clientèle ». Il ne rejette pas de mauvais candidats. Il rejette des inconnus. Un sourire ne s’inscrit pas sur un PDF, et la présence ne se mesure pas à une liste d’emplois passés.
- Si la personne sourit avant qu’on lui adresse la parole.
- Comment elle parle : clairement, trop vite, pas du tout.
- Ce qu’elle fait quand un client est fâché et que le gérant est dans l’arrière-boutique.
- Si elle sera à l’aise debout, huit heures, à répondre aux mêmes questions.
- Si elle a envie d’être là, ou juste envie d’un chèque.
Le bassin existe. Il est juste invisible dans le format qu’on lui impose. Et pendant qu’on le filtre sur papier, le concurrent d’en face, qui a pris le temps de rencontrer la personne, vient de l’embaucher.
« Un bon vendeur ne se lit pas sur une feuille, il se voit en trente secondes. Tant qu’on trie sur papier, on écarte les meilleurs sans même les avoir rencontrés. »
Ce qui se voit en trente secondes
Les détaillants le savent déjà, sans le formuler. Quand une personne entre avec son CV en main et se présente au comptoir, le gérant a son idée avant même de lire la première ligne. Le ton, le regard, la façon de dire bonjour. Trente secondes, et l’essentiel est là.
La piste, c’est de faire ça pour chaque candidature, pas seulement pour celles qui poussent la porte. Demander à voir la personne avant de lire son parcours. Une courte présentation vidéo, enregistrée sur un téléphone, montre exactement ce que le plancher exige : la présence, l’énergie, la manière de s’exprimer.
C’est le fonctionnement de Joblinks, plateforme québécoise de recrutement vidéo : les candidats se présentent en vidéo, l’employeur montre son magasin et son équipe, et les deux se parlent directement. Pour un gérant, la différence se compte en heures. Moins de CV à décoder, moins d’entrevues exploratoires, et une première rencontre qui sert à confirmer plutôt qu’à découvrir. Le poste se comble en semaines, pas en mois.
En bref
- Le détail est l’un des deux seuls secteurs où les postes vacants augmentent au Québec (+ 19 % sur un an).
- La vente exige du savoir-être, pas un diplôme, et le CV ne montre ni l’un ni l’autre.
- Voir la personne avant de lire son parcours raccourcit le recrutement et élargit le bassin.
La pénurie de main-d’œuvre dans le commerce de détail est réelle. Mais une partie de ce qu’on appelle pénurie est un problème de visibilité : des candidats qui existent, et un outil qui ne les montre pas. Ce problème-là, un détaillant peut le régler cette semaine : recruter pour ce qu’il voit, plutôt que pour ce qu’il lit.
Vos prochains vendeurs sont prêts à se montrer
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Sources et références
Les données citées proviennent des sources ci-dessous. Nous invitons nos lecteurs à les consulter pour vérifier et approfondir les informations présentées.
- Institut de la statistique du Québec — Les postes vacants au Québec au premier trimestre de 2026 (17 juin 2026). 109 100 postes vacants au Québec (− 5,6 % sur un an), dont 10 100 dans le commerce de détail; rémunération horaire moyenne offerte pour les postes vacants de 29,15 $ contre 36,49 $ pour l’emploi salarié. statistique.quebec.ca
- Institut de la statistique du Québec — Les postes vacants au Québec par trimestre (faits saillants, 1er trimestre 2026). Hausse de 1 600 postes vacants (+ 19 %) dans le commerce de détail sur un an; hausse du taux de postes vacants d’environ un demi-point dans ce secteur. statistique.quebec.ca
- Institut de la statistique du Québec, données reprises par Narcity — Les dix professions comptant le plus de postes vacants au Québec, 1er trimestre 2026. Vendeuses et vendeurs en commerce de détail : 2 763 postes vacants, quatrième rang. narcity.com